Participer à l’action syndicale – Pourquoi s’y investir ? – Agora 80

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Participer à l’action syndicale – Pourquoi s’y investir ? – Agora 80

QUELQUES COLLÈGUES S’EN EXPLIQUENT …

Palmina, Parlement européen

Je suis dans l’action syndicale au Parlement européen depuis 2006.
Je suis entrée au Parlement européen assez tard, venant du Privé, avec derrière moi des études en Sciences politiques et en Journalisme. Je me suis très vite rendu compte que, dans cette belle institution politique qu’est le Parlement, je n’aurais pas beaucoup de moyens pour diriger ma carrière comme je le voulais et je sentais que, tôt ou tard, j’aurais besoin d’un appui en cas de problème. Je me suis naturellement tournée vers les syndicats pour demander conseil, et en y adhérant, j’ai réalisé que je n’étais pas un cas isolé.
Participer à l’action syndicale m’a permis de voir l’envers du décor, de connaître les rouages de la «machinerie» administrative dans lesquels beaucoup se perdent, surtout les nouvelles recrues. Je trouve enrichissant de savoir sur quelles bases les choses fonctionnent. Au sein du syndicat, j’ai pu me former aux concours, mieux connaître le Statut, entendre les causes sociales. J’ai rencontré des collègues du Conseil, de la Commission et aussi d’Eurocontrol et du Conseil de l’Europe ; j’ai pu me faire une idée de la politique sociale dans les autres institutions.

Être dans le mouvement, c’est faire ensemble ce qu’on ne peut pas faire individuellement : lutter pour une concertation sociale obligatoire, pour faire reconnaître la voix du personnel ou pour une politique du personnel efficace. Ce sont des objectifs que nous ne pouvons atteindre que si nous sommes tous unis.
Alors que la concertation sociale européenne existe pour les grandes entreprises et que c’est le mérite de l’Europe, dans les institutions publiques, il y a bien du chemin à faire !

J’ai aujourd’hui 61 ans et je ne suis plus éligible pour la mobilité. Pourtant, je me sens pleine de ressources et d’énergie pour continuer à développer ma carrière et à aider les adhérents. Je plaide pour que les syndicats soient animés par des jeunes pleinement conscients de l’importance de la revendication sociale et des enjeux que cela représente pour l’avenir de la Fonction publique : leur avenir !

Lara, Conseil de l’Union européenne (sous anonymat)

J’ai intégré mon institution avec l’idéal de promouvoir le respect des Droits de l’homme, une valeur qui a une réelle résonnance pour moi. Malheureusement, nos projets ne correspondent pas toujours à la réalité à laquelle nous sommes confrontés. Au début de ma carrière, j’ai subi un processus continu de harcèlement moral, concrétisé par des mauvaises notations, par une surveillance de chacune de mes activités, avec le seul but de pointer mes fautes et de minimiser ma contribution au sein de l’équipe. Un collègue m’a conseillé de contacter l’Union Syndicale afin de recevoir un vrai soutien. J’ai été prise en charge par des gens très compétents, qui m’ont fait part de leur soutien sans faille ; j’ai reçu l’aide dont j’avais besoin pour me reconstruire, garder ma foi en l’Humanité ; j’ai découvert et apprécié à sa juste valeur la solidarité dont j’ai bénéficié. Je souhaite, à présent, me battre pour réveiller les consciences et la solidarité face à l’injustice, de même que lutter contre la réelle souffrance des collègues en situation de harcèlement. Time’s up pour ceux qui ne considèrent pas les règles du respect humain élémentaire ; Time’s up pour les harceleurs !

Pietro, Commission européenne

Je suis économiste de formation et je travaille à la Commission européenne depuis plus de trente ans. J’ai postulé très jeune, étant attiré par l’idée de l’Europe. Je me suis tout de suite intéressé à l’action syndicale : je suivais l’actualité, lisais les tracts et notais que l’Union Syndicale gagnait régulièrement des cas à la Cour de justice ; les résultats étaient souvent bénéfiques pour tous les collègues : j’ai rapidement adhéré.
Après une carrière bien remplie dans diverses DG, j’ai décidé de m’engager plus concrètement dans l’action syndicale.
Principalement, avec mes collègues de l’Union Syndicale, nous répondons aux nombreuses questions des collègues sur toute une série de sujets, tels que les relations avec la hiérarchie, le rapport de notation, le télétravail, leurs droits lors de maladies de longue durée-en cas d’accident, les enquêtes administratives (IDOC), l’insuffisance professionnelle, les droits à la pension, les promotions, …

Je constate que, à tous les niveaux, beaucoup de collègues ont besoin d’être entendus, rassurés et défendus. En 2017, nous avons aidé et soutenu plus de 1.500 collègues, en répondant à toutes leurs questions et en organisant des consultations juridiques (nos avocats spécialistes accordent des prix préférentiels à nos adhérents).
Les collègues sont souvent perdus parce que l’administration n’est pas assez présente et ne les aide pas suffisamment. Dans certains cas, le comportement de l’administration ou de la hiérarchie peut être carrément scandaleux : par exemple, en refusant le remboursement de certaines prestations pour des maladies graves ou de longue durée ; c’est le cas aussi dans certains rapports d’évaluation où les absences pour maladie de longue durée sont mentionnées alors que cela n’est pas permis.

J’ai observé, à ma grande surprise, qu’il existe une forme de harcèlement
vis-à-vis de collègues plus faibles ou plus âgés qu’on pousse vers la sortie. J’ai également pris conscience de la situation catastrophique qui existe dans certaines agences, où, du jour au lendemain, des contrats ne sont pas renouvelés sous de faux prétextes. Il y a là une détérioration générale des conditions de travail, et il faut se mobiliser pour enrayer cette situation.
Force est aussi de se rendre compte que certaines organisations syndicales renoncent à passer du temps pour prendre en charge les collègues ayant de gros problèmes, car ils préfèrent prendre leur temps pour convaincre une majorité de potentiels électeurs.
Seule, l’Union Syndicale offre un service instantané et une aide cruciale pour que les droits de tous les collègues soient respectés. Consacrer son temps aux collègues en difficulté est une vocation. Je peux vous assurer que c’est la vocation de l’Union Syndicale.

Luca, Service européen pour l’Action extérieure (SEAE)

Quand j’ai été contactée pour travailler en tant qu’assistante à l’Union Syndicale, j’ai été contente de cette proposition : en Belgique, les syndicats bénéficient d’une image positive ; j’aime bien l’engagement social, et je l’ai toujours considérée comme cela.

Ce qui me plaît aussi, c’est de travailler dans un environnement international, qui correspond à mes acquis, ayant vécu en Espagne, en ex-Yougoslavie, en Grèce, en Autriche et trente ans à Berlin.

Ce que je regrette, c’est que les moyens d’action en tant que secrétaire sont limités. J’ai rêvé de pouvoir faire plus avec mes expériences de vie et mes études universitaires, mes connaissances de langues, mais, lorsque j’ai commencé à travailler comme agent contractuel, c’était la règle des 3 ans (6 maintenant) : il est compliqué de s’impliquer totalement dans son travail, de préparer des concours et de faire, en même temps, des démarches pour un éventuel prochain emploi. En plus, je crois que les concours sont faits pour les jeunes : l’expérience de vie y compte moins.
Dans mes contacts avec les adhérents, je m’efforce toujours de leur transmettre ce petit «plus» qui leur permettra de progresser, de sortir de leurs problèmes. Je ne prétends pas avoir à mon niveau le pouvoir et les moyens de changer les choses, mais chaque petite réussite me rend heureuse.

Suzette, membre du Syndicat des agents du Conseil de l’Europe (SACE)

J’ai toujours été sensible à la dimension «dignité humaine» au travail. J’ai débuté ma vie professionnelle dans un cabinet d’avocats très florissant à Paris. Quand les gains ont commencé à légèrement diminuer, mes collègues et moi avons été confrontés à des changements négatifs et injustes de nos conditions de travail. Au nom d’un groupe de collègues, j’ai rédigé un texte réclamant à la direction une amélioration de ces dernières. C’est ainsi qu’a débuté mon action syndicale en milieu professionnel.
Peu de temps après avoir rejoint le Conseil de l’Europe – la Maison des Droits de l’homme – , j’ai adhéré au SACE pour ses valeurs humanistes, qui étaient en accord avec mon ressenti de l’époque. Entre collègues, il nous arrivait, à l’époque, d’échanger sur nos situations professionnelles et, notamment, sur le blocage de carrière, en particulier dans les métiers d’assistance. En tant que femme, diplômée, exerçant dans la branche de l’assistance administrative, je cherchais une structure qui pouvait me permettre de m’exprimer à propos de ces mécontentements, de faire des propositions, plutôt que de parler de façon isolée, chacun dans son coin, et qui pouvait me soutenir dans ma carrière dans cette institution où la pyramide des effectifs était très large et féminine vers le bas et s’affinait avec de moins en moins de femmes aux niveaux plus élevés.

Comme beaucoup de collègues, je n’osais pas prendre la parole en public. J’ai pourtant, un jour, pris la décision de ne pas toujours laisser les autres parler à ma place ; il fallait que chacun d’entre nous puisse se manifester quand c’était nécessaire. J’ai donc suivi une formation pour parler en public, et j’ai persévéré dans mon désir de représenter les intérêts de mes collègues et de s’unir pour prendre à bras le corps notre défense en tant qu’agents.

Depuis lors, j’ai été plusieurs fois élue au Comité du personnel, notamment au poste de Vice-présidente. J’ai travaillé dans plusieurs domaines, notamment ceux du bien-être, du harcèlement, de l’éducation, ce qui a représenté un investissement énorme en termes d’engagement et d’heures de travail. J’ai été la Secrétaire exécutive du SACE de 2012 à 2014. Depuis lors, je suis l’un des représentants du SACE auprès de l’USF.

Parmi les dossiers que nous suivons ces dernières années au SACE et sur lesquels je rapporte à l’USF, il y a tout particulièrement celui de l’évolution de la précarisation des agents. Actuellement, il y a environ 65% de CDI pour 35% de ressources «flexibles» (CDD, temporaires, mises à disposition) ; le souhait de nos délégués des Ministres en effet est une réduction importante des CDI. En menant une réflexion avec tous les syndicats européens réunis au sein de l’USF, et en se mettant ensemble, nous pouvons observer les tendances, prendre conseil auprès de nos homologues, profiter de leur expertise et tenir au courant nos adhérents sur l’évolution de leurs conditions de travail. Un autre dossier que j’ai suivi concernait la mise en place d’un accord-cadre sur la grève, qui n’a malheureusement pas abouti ; l’effort a été néanmoins fourni, et ce travail peut toujours être repris.
Une des questions qui m’a toujours touchée est celle du bien-être et du mal-être au travail. Je suis membre du groupe de travail Harcèlement/Risques psycho-sociaux à l’USF. J’ai été l’un des membres de la toute première Commission chargée de traiter les plaintes en matière de harcèlement au Conseil de l’Europe. Nous étions chargés de vérifier l’admissibilité de ces plaintes, puis de les instruire, sur base d’auditions entre collègues et témoins et de l’examen des dossiers. Nous rédigions ensuite des recommandations au Secrétaire général du Conseil de l’Europe, qui statuait, en dernier ressort, sur les mesures à prendre dans les cas d’allégations de harcèlement.
Au SACE, nous menons également des travaux sur la reconnaissance des syndicats. Ces derniers sont, en effet, de moins en moins représentés, l’Administration ayant tendance à limiter les exercices mixtes, où les syndicats seraient parties prenantes, et préférant parfois s’adresser directement au personnel, qui ne dispose pas forcément de toute l’expérience des travaux déjà menés pour défendre au mieux, individuellement, ses intérêts.
J’ajoute que je suis originaire de la Guadeloupe, contrée très éloignée de la France et donc de l’Europe. Je représente aussi cette culture et cette diversité caribéenne au sein de notre Organisation.

Conformément au logo du SACE : «United we stand», je pense que nous devons rester unis, faire bloc, surtout en ce moment où tant dans le Privé que dans le Public, tant au national qu’à l’international, les conditions de travail sont mises à mal. Il le faut, pour mieux défendre nos intérêts et, par-là même, la mission importante de la Fonction publique européenne !

Hamid, Banque centrale européenne (BCE)

Mes objectifs sont d’améliorer les conditions de travail de mes collègues et de mettre en place un environnement de travail où les gens se respectent mutuellement et où les managers se préoccupent du bien-être de leur personnel. Je suis convaincu qu’une bonne relation entre tous les collègues fait que les gens sont heureux de travailler et prêts à s’engager, ce qui est source de motivation et ajoute une grande valeur à la qualité du travail que nous accomplissons tous ensemble, pour nous-mêmes, mais aussi pour la BCE et pour tous les citoyens européens.

En 2001, j’ai rejoint la BCE à Francfort en tant qu’ingénieur en informatique ; le défi était alors de taille pour moi, citoyen français ne parlant pas allemand ; pourtant, j’ai réussi, dans mon domaine d’expertise, à réaliser des projets pour le bénéfice de l’institution et aussi, et surtout, pour le bénéfice de tous les citoyens européens. Au sein de la BCE, j’ai travaillé très dur, pendant des nuits et des week-ends, pour, au final, avoir le plaisir de voir les résultats de mon travail : l’euro devenu réalité.

Mais au bout de quelques années, je me suis rendu compte que les gens évoluaient alors que ma propre situation ne changeait pas, qu’il n’y avait pas d’égalité de traitement, que les promotions dépendaient des relations et du réseautage … Et pendant ce temps, je continuais, encore et toujours, à travailler sans arrêt, y compris durant les week-ends.
Puis, en 2002, j’ai rejoint un syndicat appelé USE (Syndicat du personnel de la BCE), afin d’apporter ma valeur ajoutée, d’agir pour améliorer le bien-être de mes collègues et de lutter pour les droits du personnel de la BCE.

Enfin, en 2007, j’ai rejoint l’autre syndicat de la BCE, IPSO (International and European Public Services Organisation), et j’ai soutenu la grève de 2009 pour la réforme des retraites.
En 2014, j’ai été élu membre du Comité exécutif de l’IPSO. Je me suis investi dans divers domaines liés à la dignité au travail, à l’égalité de traitement, à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et j’ai relayé les préoccupations de mes collègues au sujet de la culture du blâme présente à la BCE.
Dans une institution aussi importante que la BCE, l’impact sur le personnel est considérable lorsque la motivation diminue parce que les gens ne voient pas leur travail reconnu de manière équilibrée. Je reste convaincu qu’en l’absence d’une situation où tout le monde est gagnant, où prévaut le donnant-donnant, où règne la CONFIANCE dans le personnel et les managers, et où chacun agit de manière équilibrée et transparente, l’efficacité de notre travail est loin d’être optimale. Nous devons nous faire confiance afin d’établir un dialogue social harmonieux pour garantir l’égalité de traitement, promouvoir la diversité dans toutes ses dimensions et lutter contre le favoritisme.

Dernier point, mais non des moindres, en tant qu’ingénieur en informatique spécialisé en intelligence artificielle, je tiens à partager avec vous ma conviction que les robots ne remplaceront pas les personnes au travail. Les êtres humains sont inimitables, par leur diversité, leur créativité, leurs talents, leur sens de l’humour, et leur capacité à aimer .


Liliane Banczyk
Vice-Présidente chargée de la Communication à l’USB


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2018-06-19T09:17:29+00:00 18 juin 2018|Agora 80|0 commentaire